«Lettres du Maghreb» : L’ambition d’une transmission lucide

By 09/10/2019 octobre 11th, 2019 Edition 2019

Le Salon maghrébin du livre d’Oujda «Lettres du Maghreb» revient pour une troisième édition qui s’ouvre ce mercredi, avec pour ambition d’approfondir la réflexion sur les mécanismes et les enjeux de la «transmission».

Cette manifestation culturelle, qui s’est forgée en peu d’années une place de choix sur la carte des évènements maghrébins dédiés au livre et à la culture, se veut ainsi un espace de liberté où les penseurs, les auteurs, les créateurs, les décideurs sont invités cette année à exprimer l’ambition d’une transmission lucide pour un monde meilleur.

Après deux éditions dédiées respectivement aux thèmes «Dire la jeunesse, construire l’avenir» et «Réinventer l’universel», le Salon, organisé par l’Agence de l’Oriental sous le Haut patronage de SM le Roi Mohammed VI, choisit cette année le thème de «La Transmission», une problématique universelle, au cœur de l’humain, qui peut se résumer dans la question « Quel monde voulons-nous laisser à nos enfants ? », expliquent les organisateurs.

En effet, le thème retenu traduit «l’aspiration à penser le Maghreb que nous voulons transmettre, à l’ancrer davantage au sein de l’Afrique et du monde», souligne-t-on dans un document, notant que la transmission est un enjeu essentiel de l’avenir dans sa dynamique anthropologique globale.

« Faut-il transmettre à l’identique nos traditions, nos convictions, sans l’intelligence et la passion qui les fondent (…) ? », « Transmettre, n’est-ce pas aussi apprendre à réinventer, à transgresser lorsque les circonstances l’imposent ? » et plus encore « la transmission à l’identique ne risque-t-elle pas de conduire à la fermeture, puis à l’extrémisme ou à l’extinction ? », telles sont certaines questions qui seront soulevées lors de ce salon.

« Nous sommes héritiers de valeurs, de cultures, de langues, de biens, de convictions que nous sommes à notre tour en charge de léguer », affirment dans ce sens les organisateurs tout en s’interrogeant : « Quelles valeurs transmettre pour préparer le +vivre ensemble+ à l’ère de l’intelligence artificielle à laquelle rien ne semble nous préparer aujourd’hui ? » et « Face au développement des nouvelles technologies, quelles compétences transmettre, quand près de deux métiers sur trois exercés aujourd’hui ne le seront plus demain ? ».

Par ailleurs, le Comité scientifique de cet événement relève que «Lettres du Maghreb» est un Salon et un forum international, maghrébin, ouvert sur l’Afrique et situé à Oujda. «Ce ne sont pas là des cases successives et des niveaux concurrents : le salon est tout cela à la fois, dans l’harmonie, dans l’interaction et le dialogue».

Ainsi, le salon poursuit cette année son ouverture sur le continent africain en accueillant le Cameroun en tant qu’invité d’honneur. «De Mongo Beti à Leonora Miano en passant par Calixthe Beyala, le Cameroun peut s’enorgueillir de compter de nombreux auteurs reconnus à l’international. Une littérature puissante dont les thématiques restent universelles : l’histoire, la mémoire, la contestation, le féminisme».

« Le Salon est en constante évolution » tient à souligner de son côté Mohamed Mbraki, président du Salon « Lettres du Maghreb » et directeur général de l’Agence de l’Oriental, arguant que « le Salon vibre aux battements des cœurs de nos pays, ceux du Maghreb, de l’Afrique et du monde. Son propos est de créer un espace de dialogue et d’ouverture riche et sans autre intérêt que celui du partage des idées ».

Et de poursuivre dans une note de présentation que les organisateurs veillent à intégrer à chaque édition des innovations, des dispositions nouvelles, des ajustements divers qui tiennent compte de « nos évaluations critiques, des impératifs exigeants du Salon, de son audience croissante, et des attentes des nouveaux acteurs qui s’impliquent pour sa réussite ».

Mettant l’accent sur l’expérience capitalisée et l’audience cumulée lors des deux précédentes éditions du Salon, qui suscite des espoirs et des intérêts, M. Mbarki qualifie de « fascinant » le thème de cette 3è édition, à savoir « la transmission ».

Au Maroc, ce thème sera au cœur de l’actualité, souligne-t-il, rappelant à cet égard qu’à l’initiative de SM le Roi Mohammed VI, le modèle de développement du Royaume est interpelé et les meilleures compétences du pays vont être appelées à le repenser.

Ainsi, enchaîne M. Mbarki, « la transmission sera en toile de fond de tous les débats, transmission de ce que nous sommes, de nos valeurs sacrées et de ce que nous ambitionnons d’être, des conditions de la prospérité, pour construire un avenir confiant, juste, serein, audacieux conquérant et réaliste… ».

Par ailleurs, s’exprimant récemment à Oujda lors d’une conférence de presse dédiée à la présentation de cette édition, M. Mbarki a relevé que le Salon Lettres du Maghreb fait du livre et de la culture un levier pour renforcer la dynamique de développement de la ville d’Oujda et de la région de l’Oriental et leur rayonnement à l’international, en capitalisant sur la vocation maghrébine de la capitale de la région.

’’Le développement ne se résume pas à attirer des investissements, c’est aussi, et surtout, le développement de la vie culturelle, en partant de l’identité locale et en s’ouvrant sur le monde», a-t-il dit, rappelant qu’en Europe, le secteur de la culture crée davantage d’emplois que celui de l’industrie automobile.

Il a noté également que cet évènement compte consolider davantage son rayonnement international mais aussi son ancrage local, notamment en renforçant le programme dédié au public scolaire et estudiantin et en s’ouvrant, pour la première fois, sur les pensionnaires de la prison locale d’Oujda.

De grands noms de la culture et de la littérature marocaine et internationale participeront à ce Salon, qui connaitra l’organisation, entre autres, de 36 tables rondes, 10 expositions d’art plastique, deux soirées poétiques et plusieurs activités pour les jeunes et les enfants.

Quelque 300 intervenants, auteurs et conférenciers participeront à cette édition, qui accueillera le Cameroun en tant qu’invité d’honneur. Une quarantaine d’éditeurs, dont 10 étrangers, sont également attendus.

«Lettres du Maghreb» est conçu et organisé depuis 2017 par l’Agence de l’Oriental, en coordination étroite avec ses partenaires, notamment le ministère de la Culture et de la communication – Département de la Culture -, la Wilaya et le Conseil de la région de l’Oriental.

Source : MAP