La réalité de la traduction dans le monde arabe en débat

By 10/10/2019 octobre 11th, 2019 Edition 2019

La réalité de la traduction dans le Monde arabe et au Maghreb à la lumière de la domination des cultures occidentales sur le champ littéraire international a été au cœur d’un débat, jeudi à Oujda, à l’occasion d’une table ronde organisée dans le cadre de la troisième édition du Salon Maghrébin du Livre.

Les participants à cette table ronde tenue sous le thème « L’Autre dans la traduction », ont soulevé la problématique de la confrontation des forces littéraires renforcées par l’économie mondiale, afin d’imposer leur contrôle culturel à l’autre, mettant en exergue les moyens de parvenir à un meilleur positionnement de l’arabe sur le marché de la traduction.

Ainsi, la traductrice et chercheuse italienne Jolanda Guardi a indiqué que les ouvrages traduits de l’arabe en langues européennes ne permettent pas de définir la littérature arabe dans le monde et ce, pour des considérations culturelles, politiques et idéologiques.

Un total de 85% des traductions sont en anglais, tandis que les productions littéraires arabes ne reçoivent qu’une infime fraction de 1%, a-t-elle relevé, faisant observer que les traductions de l’arabe vers les langues européennes perpétuent les stéréotypes et la vision orientaliste du monde arabe, liés à l’extrémisme, la marginalisation et la violence à l’égard des femmes.

La chercheuse a également souligné que le peu d’œuvres littéraires arabes à traduire provient pour la plupart du Moyen-Orient, évoquant, par ailleurs, l’absence de maisons d’édition maghrébines assurant la traduction pour promouvoir la littérature maghrébine à l’échelle mondiale.

Même son de cloche chez le poète et traducteur Jalal El Hakmaoui, qui estime que les communautés maghrébines présentes dans les pays européens ne sont pas très actives du point de vue culturel.

« Le monde arabe a du mal à diffuser une image différente à l’Occident en raison de l’incapacité des institutions arabes à démanteler ces stéréotypes », a t-il affirmé, soulignant que dans ce contexte, la nécessité d’adopter des programmes et des politiques de traduction s’avère nécessaire, comme cela a été fait dans plusieurs pays.

M. El Hakmaoui a également soulevé la question de l’absence de lois régissant le domaine de la traduction et les droits des traducteurs dans les pays du Maghreb et certains pays méditerranéens.

Pour sa part, le professeur universitaire Said Mentak, chercheur en littérature anglaise, a indiqué que la diversité linguistique dans le monde faisait face à une menace existentielle en raison de la domination de seulement six langues.

S’agissant des solutions permettant de remédier à cette fermeture culturelle, le professeur estime que les traducteurs devraient accorder une plus grande attention aux traductions littéraires des différentes langues étrangères, afin de préserver la diversité linguistique et d’éviter un unilatéralisme culturel.

Cette rencontre intellectuelle s’inscrit dans le cadre du 3è Salon Maghrébin du Livre, qui propose une trentaine de tables rondes réparties en quatre thèmes majeurs, en l’occurrence “Les savoirs”, “Au-delà des frontières” et “Éloge à la traduction » et « Les héritages”. Des expositions d’arts plastiques, des soirées de poésie et de nombreuses activités pour les jeunes et les enfants sont également au programme.

Source : MAP