Une ambition maghrébine

En cette année 2018, Oujda est désignée «Capitale de la culture arabe». Cela nous honore et nous responsabilise.

Le monde arabe compte aujourd’hui presque autant d’habitants que l’Union Européenne. Lorsque nos pays, à l’unanimité, se donnent Oujda pour capitale culturelle, fut-ce l’espace d’une année, c’est donc une part importante de l’humanité qui fait un choix fort et désigne la ville à l’attention du monde : pour l’heureuse élue, c’est un pas notable vers une reconnaissance universelle.

L’universalité est précisément le thème de cette deuxième édition du Salon Maghrébin du Livre, honorée par le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi, que Dieu L’assiste. L’universalité ? Pas une simple interrogation, ni une affirmation, mais une ambition.
Réinventer l’universel, en toute humilité, ouvre la voie vers une légitime ambition maghrébine.
La problématique est commune à nos auteurs comme à nos éditeurs. Comment promouvoir nos littératures maghrébines, les mettre sur les chemins de l’universalité ? Une série de questions s’ensuivent, d’autant plus aigües que le succès, parfois planétaire, d’auteurs originaires du Maghreb, anciens ou contemporains, nous revient souvent de l’étranger, formaté en produits culturels prêts à consommer. D’autres productions affirment des volontés hégémoniques et envahissent puissamment certains médias.

Alors comment faire accéder durablement nos auteurs à l’universel ? Comment eux-mêmes le proposent-ils ? Où sont les clés ? Qui les détient ? Voilà quelques questions posées aux intellectuels, aux créateurs, aux éditeurs du Maghreb, et, conjointement avec eux, à ceux du monde, réunis à Oujda. Le Salon 2018 s’astreindra à trouver des pistes de réponses. «Lettres du Maghreb» est né en 2017 autour d’un thème sensible, lui-même devenu universel :
«Dire la jeunesse, écrire l’espoir», avec en arrière plan la question brûlante de la migration. Deux cents intellectuels ont débattu, notamment de sa dimension culturelle  jugée majeure aujourd’hui.

Ils sont parfois revenus sur l’Histoire, pour mieux comprendre le présent. Ils ont voulu anticiper l’avenir et envisager les moyens de le rendre meilleur aux nouvelles générations, et plus apte à offrir un cadre épanouissant à leurs multiples talents.

L’immense apport culturel des jeunes venus du Maghreb aux pays qui les ont accueillis apparaît clairement. Symétriquement, il nous révèle les pertes causées à nos pays par cet exode de créateurs qui ont épanoui ailleurs leur créativité. Préoccupés d’écriture, nous
n’avons pas ignoré d’autres formes d’expression, comme le slam ou le hip hop, où les talents maghrébins rencontrent un franc succès. Tout cela est restitué dans les Actes de la première édition du Salon «Lettres du Maghreb». Au Maroc, un célèbre Discours du Trône de Sa Majesté le Roi Mohammed VI – que Dieu L’assiste – a promu dès 2014 la valorisation de nos patrimoines immatériels. De nouvelles hautes orientations royales érigent en priorité nationale la réforme de l’éducation, celle de l’enfance et du préscolaire en particulier. Le livre et la lecture seront un fondement du futur dispositif. C’est pourquoi, cette année encore, un riche programme du Salon sera dédié à l’enfance.
Avec une audience et une participation accrues, cette édition s’annonce passionnante.
Merci à tous ceux qui ont uni leurs efforts pour y parvenir.

 

Mohamed MBARKI
Président du Salon Lettres du Maghreb
Directeur Général de l’Agence de l’Oriental